DAVID CONTRE GOLIATH, Apologie du Café Platónico

       Le Café Platónico, situé à l’intérieur de la station de Métro Tobalaba, et connu dans les environs sous le seul nom de Platónico, vient d’être condamné à mort. La S.A. Metro a dénoncé le contrat de location. Il est donc actuellement dans l’attente de l’ordre d’expulsion que lui donnera le tribunal. Mais il ne veut pas non plus partir en fuyant, il n’a rien à cacher, rien à dissimuler. Au contraire, il connaît l’injustice qui se cache derrière cette injonction, et c’est pour cela qu’il a choisi d’attendre debout le coup de grâce, pour que le procédé paraisse au grand jour.

        Il se trouve que, poussé par la soif de justice,  Platónico s’est battu, essayant de défendre son droit à la vie, au risque de la perdre, et bien que son ennemi compte sur le pouvoir pour le réduire en miettes. Il ne veut pas parler sans avoir auparavant dénoncé son cas devant les plus grands tribunaux, comme le sont sans doute ceux de la Conscience, puisque les autres, tôt ou tard se laissent manipuler et influencer. Et voici que, durant le procès, pas une personne du bureau de l’administration des locaux n’a su avancer une raison claire pour accepter sa condamnation et s’en aller. On a seulement entendu des phrases évasives, dites à mi-voix, des clichés classiques sur les “nécessités de l’entreprise”, qui ne satisfont ni ne convainquent, et qui résonnent comme autant de fourbes coups de marteaux sur la tête. Comprenez bien, il ne s’est agi que de prétextes pour couvrir d’obscurs intérêts, hourdis dans l’ombre, à l’intérieur des bureaux publics bondés de personnages douteux nommés sur recommandation de l’”amistocratie” régnante.

       Dès l’arrivée des fonctionnaires de la Concertation pour l’Administration des locaux, commença la politique du harcèlement constant, d’abord avec un changement radical des conditions du contrat de location ; celui-ci, qui était à tacite reconduction, est passé à l’échéance à date fixe, avec de surcroît une hausse du prix de la location capable d’en assommer plus d’un. Ensuite, pour le déstabiliser encore plus, il y eut la persécution et les questions absurdes sur le secteur ou le sens commercial du Café Platónico, en l’immobilisant,  l’empêchant ainsi de se renouveler, et n’ayant plus, dès lors, de contrat qui lui offre suffisamment de garanties et de confiance pour qu’il se risque à aller plus loin, ainsi que l’exige toute entreprise qui veut entrer en compétition dans le monde actuel. Vous comprenez maintenant qu’ils étaient en train de l’acculer pour mieux l’abattre.

       « Nous ne voulons pas de secteur alimentaire », dirent-ils, « nous avons le souci d’améliorer l’image corporative de la S.A.Metro », insistèrent-ils, « nous allons éradiquer tous les commerces d’alimentation », prévint un Haut Fonctionnaire.

       Mais brusquement et de façon surprenante, contrairement à ce qu’avait prêché ce haut Fonctionnaire, et dans cette même station Tobalaba, surgit un établissement de la chaîne Castaño. Tout de suite après, comme une gifle en plein visage, on apprend que dans cette même station, on va construire un restaurant. Et tout à coup , comme un éclair, la chaîne Savory vient s’installer dans cette galerie. On peut comprendre, bien sûr, que le vieux Platónico soit impressionné en voyant tout cela. Là, dans cette station, témoin oculaire de l’incohérence de l’action et de la pensée, du manque de transparence et de respect pour la vérité et la justice, le légendaire Platónico est troublé. Accusé et condamné à mort alors qu’il vend la même chose, après avoir été un pionnier dans son domaine, le premier à avoir loué un local vingt ans auparavant, non seulement Platónico le solitaire perd ses illusions, mais il devient fou, il sent le couteau de la trahison sur sa poitrine et le froid de la lame glace son âme devant un tel manque de loyauté. Au fond de son cœur, il nourrissait l’espoir d’une invitation à participer aussi aux remaniements de la station Tobalaba, à faire partie du nouveau projet en tant qu’ultime survivant de ces aventuriers qui s’installèrent pour la première fois dans une station déserte (1986) dans laquelle ne circulaient pas autant de personnes que maintenant.

       Que d’espoirs donnés par cette Justice Sociale de rêve, capable de prodiguer du bonheur à ceux qui n’ont pas accès au Pouvoir ! Car Platónico ne s’est pas enrichi durant vingt ans pour acheter des influences, comme l’obtiennent les grandes chaînes commerciales, impersonnelles et glaciales, sans montrer leurs visages, mais ayant, elles, du concret pour signer des pactes maintenant leurs intérêts au plus haut niveau. Ou peut-être bien que le Haut Fonctionnaire s’est imaginé que Platónico était riche, vautré dans un canapé avec un cigare planté dans la bouche et possédant sûrement un porte-monnaie plus garni que le sien ; il n’a donc pas eu de scrupules pour donner l’ordre d’expulsion, dépouillant ainsi radicalement Platónico de ses Actifs et Passifs. Car pour quiconque est au courant des problèmes commerciaux, il est évident qu’il ne pourra pas emmener la clientèle ailleurs, pas plus que les meubles, parce qu’il n’y contiendront pas. Tout sera perdu. Des décombres, tout compte fait. Des “ordures”, un local qui procure du travail à cinq personnes (familles), dont les destins, évidemment, devront aussi finir dans le même réceptacle à déchets ? Est-ce logique, admissible, dans un pays où les sources de travail sont toujours rares ? Ils avaient l’obligation morale de leur offrir une autre alternative, alors que pendant tant d’années ils ont été des locataires sans problèmes.

       Voici pourquoi, maintenant, Platónico montre un visage désabusé, après avoir compris que tout est sujet à fraude quand on distribue les postes du pouvoir ; peut-être ne peut-il pas se présenter d’une autre façon. mais comme il a l’esprit fort de l’homme libre, et tant qu’il restera vivant dans le cœur de centaines de personnes ayant travaillé dans le secteur, il résistera en l’intégrant dans la routine des occupations quotidiennes. Oui, il résistera parce que Platónico est aussi un homme, un homme qui est encore capable de descendre dans la rue pour défendre sa liberté, comme il l’a défendue hier, comme il l’a aussi défendue tant de fois sous les dictatures ; il faudra qu’il continue à le faire maintenant, parce que les événements l’ont convaincu qu’ici on continue à commettre des abus de pouvoir contre lesquels il devient urgent d’aller se battre une fois de plus, pour la justice et la liberté.

 

                                              Miguel de Loyola

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